Émeric Couasnon

Émeric Couasnon

Programme Grande École
Fondateur d'Alpha Spirit

Après avoir traversé une scolarité mouvementée, Émeric revient dans ce podcast sur ses années à l'armée, son passage par l'EM Normandie et la création d'Alpha Spirit. Il prend le temps de vous raconter comment grâce à l'abnégation, il est aujourd'hui capable de vivre de sa passion. Il revient également sur le rôle de l'entrepreneur : « l'entrepreneuriat c'est un état d'esprit, c'est commencer petit et aller le plus vite possible.

Une fin de scolarité chaotique

J'étais un élève modèle jusqu'en classe de quatrième avec de bons résultats. Et puis j'ai rencontré un groupe d'amis et cela m'a un peu fait vriller. Je suis arrivé au lycée avec un an d'avance mais je me suis rendu compte assez vite que l'école, ce n'était pas pour moi.

J'ai redoublé ma seconde et ma première et n'ai pas terminé ma deuxième année de première. J'ai donc décidé de quitter l'école à 16 ans car c'était un milieu qui ne m'intéressait pas du tout. Je souhaitais trouver mon indépendance en ayant un salaire et un logement à moi.

J'ai donc trouvé un job et quitté le domicile familial en ayant en tête l'envie d'entreprendre. Dès le plus jeune âge, l'entrepreneuriat me paraissait être un bon moyen d'acquérir de l'autonomie. À cet âge-là, je ne connaissais rien et avait une image du monde qui était totalement fausse. En situation d'échec, l'armée a été pour moi un ultime recours.

L'expérience de l'armée

Cette idée m'a été soufflée par mes parents et ma famille qui pensaient que cette expérience pourrait être bénéfique. À l'âge de 19 ans, je n'avais rien à perdre et me suis lancé dans l'aventure. Ce fut certainement l'expérience la plus importante de ma vie. Elle m'a permis de rebondir sur le plan personnel et professionnel.

Cette idée d'entreprendre faisait toujours partie de moi. Durant l'armée, on développe ses soft skills, notamment le dépassement de soi. Lorsqu'on se retrouve dans la brousse avec un sac à dos de 20 kg, qu'on a déjà marché 40 km et qu'il reste encore la moitié du chemin à parcourir, on pense ne pas être capable d'y arriver. Finalement, quand on arrive au bout, on se dit qu'on pourrait encore aller plus loin. On prend conscience qu'on se met souvent des barrières. Je pense qu'elles sont culturelles.

Grâce à cette expérience, j'ai beaucoup grandi et pris de la maturité. À certains moments, l'autorité est difficile à supporter mais l'on évolue au sein d'un groupe qui rencontre les mêmes difficultés que soi. On apprend à accepter que les autres prennent une place autour de soi. Cela devient naturel car un esprit de groupe s'installe.

Au sein d'un groupe, le leadership peut passer d'une personne à l'autre en fonction des situations et des difficultés de chacun. J'ai appris à prendre confiance en moi, à me poser et à développer mes ambitions. Ce vécu difficile m'a fait prendre conscience que je pouvais même aller au-delà de mes désirs. Avant, je pensais que mes capacités étaient limitées et que je ne pourrai atteindre mes ambitions. J'ai véritablement appris le dépassement de soi.

La reprise des études

J'ai quitté l'armée en fin 2009 pour reprendre mes études en 2010 avec un BTS NRC. J'ai voulu passer les concours pour entrer en école de commerce mais mon BTS n'étant pas encore validé, j'ai dû faire une licence d'abord. J'ai ensuite passé le concours Passerelle 2 pour rejoindre l'EM Normandie en cycle Master.

C'était pour moi un challenge de reprendre mes études pour avoir un niveau Master, d'autant plus dans une école de commerce. Avant l'armée, j'avais tendance à démarrer beaucoup de choses sans les terminer. En rejoignant ce programme, j'étais déterminé à aller jusqu'au bout. J'ai validé mon diplôme et aujourd'hui je suis intervenant au sein de cette École. Je m'ouvre même à la possibilité d'aller jusqu'au doctorat.

Mixer parentalité et études

J'ai effectué ces 5 années d'études en alternance car j'avais quitté le lycée très tôt pour acquérir de l'indépendance. J'ai donc choisi l'alternance pour financer le logement que je partageais avec ma petite amie. Durant mon année de licence, j'ai eu mon premier enfant, qui plus est, sur une période de passage de diplôme.

Puis j'ai eu mon deuxième enfant, juste avant les partiels de ma deuxième année de Master. Pour l'anecdote, j'ai même dû quitter mon cours sur le campus du Havre pour aller assister à l'accouchement de ma femme à Évreux ! Ce n'est pas incompatible de faire des études et d'avoir des enfants, d'autant plus que j'ai une forte fibre paternelle.

Le premier job

J'obtiens mon diplôme en 2016 et doit décrocher mon premier job. J'ai toujours l'envie d'entreprendre mais je ne sais pas encore dans quel domaine.

J'ai d'abord envie de trouver un job en entreprise pour gagner de l'expérience terrain. Je trouve un poste de responsable des indicateurs de performance pour une plateforme logistique près de Louviers. Je gère une équipe de 7 personnes pendant 2 ans environ. L'ambiance était plutôt sympa mais l'entreprise était peu stable car elle a été rachetée plusieurs fois.

Un jour, se profile une opportunité de licenciement économique. C'est le point de départ d'une nouvelle vie.

Se lancer dans l'entrepreneuriat

J'avais envie de lancer ma propre entreprise depuis longtemps. Je suis parti en tête avec l'idée qu'il n'y aurait pas de plan B et qu'il fallait attaquer fort dès le départ.

Je me lance vraiment à fond dès le départ, bien entouré par ma famille et mes proches. En 2018, je construis toute la partie administrative d'une entreprise de distillerie qui produit du spiritueux, notamment du gin. Avec mon associé, nous avions l'habitude depuis quelques années de collectionner des whiskys et rhums rares en visitant des salons de spiritueux et des distilleries.

En associant cette passion des spiritueux et cette volonté d'entreprendre, j'allais me lever le matin sans plus jamais travailler de ma vie. J'allais pouvoir faire ce que j'aime le plus, et le pratiquer quotidiennement. 

Nous avons lancé le premier produit en 2019 qui s'appelle Alpha Spirit, un gin qui est sur un marché de niche mais très concurrentiel. Beaucoup de distilleries de gin se développent en France à ce moment-là. Mais lorsque l'on travaille dans un domaine qui nous passionne, on ne voit pas nécessairement les barrières qui se trouvent devant nous.

S'inventer distillateur

Après avoir visité de nombreuses distilleries, nous avions développé des connaissances théoriques très approfondies. Il était temps pour nous de passer à la pratique. J'ai donc acheté un alambic d'un litre et je me suis mis à distiller dans ma cuisine 2 à 3 fois par semaine pendant un an pour commencer à développer cette recette. 

Ni mon associé ni moi-même ne venons d'un milieu où il y a de la transmission entre générations. C'est aussi la philosophie d'Alpha Spirit, "alpha" signifie le commencement et spirit représente les spiritueux. Il faut bien commencer les choses à un certain moment. Je gère aujourd'hui cette société mais s'il y a possibilité de la transmettre à nos enfants nous serons très heureux.

Une vision de l'entrepreneuriat

Créer une entreprise ne signifie pas pour moi faire beaucoup d'argent et avoir une super organisation dès le départ. L'entrepreneuriat, c'est l'art de se débrouiller au jour le jour en commençant "petit" et en essayant de progresser chaque jour.

On imagine souvent l'entrepreneuriat telle une start-up qui a explosé du jour au lendemain, comme ce fut le cas de Netflix. Pourtant, lorsque l'on regarde leurs débuts, ils ont commencé par la location de DVD sur une plate-forme hideuse. Il leur a fallu 10 à 15 ans pour vraiment percer et trouver leur business model. C'est ça l'entrepreneuriat, c'est essayer des nouvelles choses en permanence.