Nathaniel Doboin

Nathaniel Doboin

Programme Grande École
Cofondateur de la boulangerie Chambelland

Mettre sa passion du cinéma au service de la publicité

Quand je suis arrivé à l’EM Normandie, j’avais déjà en tête de vouloir faire du cinéma, un milieu pourtant éloigné du commerce.

Avec d’autres étudiants de l’École, nous avons noué une amitié autour du cinéma et de la musique. Nous avons tourné ensemble les films de corpo et la présentation de l’École. 

J’ai fait mon année optionnelle à Chicago car j’ai toujours voulu avoir une expérience aux États-Unis, pour pouvoir explorer le « downtown » d’une grande ville américaine. J’ai été attiré par Chicago pour le blues, la house music… des styles musicaux qui font rêver. Par ailleurs, beaucoup de films ont été tournés dans cette ville. C’est pour moi une forme d’envol de partir seul à l’autre bout du monde et de devoir faire mes preuves. Je devais partir pour seulement trois mois et finalement j’y suis resté l’année entière.

J’ai effectué mon stage chez Publicis, en agence de publicité à Chicago. Je travaillais sur des marques pour lesquelles ont faisait des « focus groups ». Ce domaine m'intéressait peu. Puis, j’ai repéré un producteur qui travaillait sur des vidéos et je lui ai demandé ce qu’il faisait. Il collectait un grand nombre d’images servant à imaginer les publicités de demain pour une marque. Je trouvais très intéressant de pouvoir visionner des films toute la journée pour projeter ce que sera la marque de demain dans toutes leurs campagnes de vidéos.

Je me suis progressivement rapproché de ce producteur et j’ai commencé à lui faire ses recherches de vidéos puisque j’avais une grosse culture cinématographique.

Mes grands-parents et parents sont des passionnés de cinéma. Dès l’âge de 2 ans, j’étais dans une salle de cinéma. J’ai passé mon enfance à faire du tennis et à regarder des films.

Fort de cette culture, je conseillais au producteur d’aller puiser dans tel ou tel type de cinéma en fonction de la thématique recherchée. Il a constaté ma motivation dans ce domaine et j’ai progressivement migré du département marketing vers le service TV Production où j’ai passé les six derniers mois de mon stage. À cette époque, j’essayais de relier cette expérience en agence à Chicago à ma formation à l’École en associant cinéma et publicité.

Faire ses débuts en société de production

En sortant de l’EM Normandie, j’ai eu la possibilité de retourner en agence de publicité afin de travailler pour des marques. J’ai finalement décidé de passer de l’autre côté et de travailler en société de production. Je débarque à Paris où j’ai tapé à la porte de nombreuses sociétés de production. C’est un milieu assez fermé et il faut avoir un peu de réseau pour y entrer. 

J’ai rejoint « Cake Films » où j’ai été chauffeur de comédiens, stagiaire régie, assistant... J’ai également fait de l’électro et de la machino pour mieux comprendre le fonctionnement d'un tournage.

En un été, je me suis totalement fondu dans un moyen métrage, une façon idéale pour me former à ce milieu.

Après mon stage de deux mois, je fini par travailler pratiquement cinq ans au sein de cette société de production. 

Renverser la table

Au bout d’un moment, je ne comprenais plus ce que je faisais. Je devais passer toute ma journée à communiquer pour une marque qui avait des valeurs qu’il m’était difficile de comprendre et accepter en tant qu’individu, voire en tant que citoyen. 

À cette période, je rencontre une demoiselle qui deviendra mon épouse et la mère de mes enfants. Je la connaissais déjà depuis le collège mais ne l’avais pas revue depuis quinze ans.

Nous nous sommes retrouvés par hasard dans Paris ! Je travaillais dans la pub alors qu’elle faisait partie des militants antipub qui taguaient dans le Métro. Forcément, cela a donné lieu à quelques discussions enflammées !

J’ai baigné dans le commerce durant toutes mes études avec un IUT « Technique de Commercialisation » puis une école de commerce et mon expérience en agence de pub. Au bout d’un certain temps, j’ai commencé à voir les choses différemment. Il s’est opéré une sorte de maturation dans les discussions avec ma compagne jusqu’au jour où j’ai tourné une pub pour un shampoing de la marque Garnier. 

Pour ce tournage, l’équipe créative nous demandait de faire voler un papillon en direction d’un mannequin qui descendait les escaliers de manière élégante. Il n’est vraiment pas simple de trouver un papillon qui éclose au bon moment. On ne trouve pas des chrysalides n’importe où ! Il a fallu les faire venir par Fedex d’Amérique Centrale !

Nous avions énormément galéré pour trouver ces papillons. Pourtant, un des créatifs a trouvé qu’ils ne convenaient pas du tout. Il voulait les faire retirer au montage. À ce moment-là, je me suis dit qu’on nageait en plein délire !

J’ai eu cette prise de conscience en me disant qu’on mobilisait des équipes et des sommes astronomiques pour vendre un shampoing bourré d’additifs et qui répétait le schéma habituel de centaines de spots déjà réalisés auparavant.

Avec ma femme, nous avons entrepris un voyage à vélo entre Paris et Barcelone pour tenter l’expérience de l’itinérance. Nous sommes ensuite partis deux mois en Asie du Sud-Est. Puis, nous sommes partis deux ans pour faire un tour du monde, qui finalement a été interrompu au bout de 18 mois par une grossesse. Ce break de deux ans dans le travail a été salvateur pour me permettre de construire la vie d’être humain à laquelle on aspirait.

En revenant de ce tour du monde, on attendait notre premier enfant. C’est une sorte de retour à la réalité. Il fallait trouver un logement. Nous avons été hébergés par plusieurs amis dans une dizaine d’endroits différents. J’ai eu de nombreuses possibilités de retrouver un emploi dans le domaine de la production. Je suis devenu agent de technicien, c’est-à-dire agent de chef opérateur. Cela consiste à défendre les intérêts de personnes qui font de l’image animée en France.

Au bout de deux ans, je suis revenu à l’idée que j’avais déjà eue auparavant : monter mon projet car je suis fondamentalement entrepreneur. 

Lancer son projet

Durant le tour du monde, deux sujets m’obsédaient, à savoir le sommeil et la nourriture. De façon basique, je me disais qu’en dormant et en mangeant bien, on pouvait être en bonne santé. Une personne de mon entourage, voyant que je bouillonnais d'idées, m’a proposé de rencontrer un boulanger un peu « perché » dans le sud de la France. Quand je l’ai rencontré, j’ai tout de suite senti que le courant passait. C’est assez difficile à décrire mais on s’est reconnus sans se connaître.

Avec Thomas, on a très rapidement souhaité monter un projet de boulangerie en commun.

Au début, on se cherchait un peu sur notre offre de produits. Je trouvais qu’à cette époque (en 2012), il y avait peu de pain au levain naturel et encore moins du bio, même sur Paris. Thomas de son côté, a pensé à proposer des recettes sans gluten. En mélangeant nos idées pendant quelques mois, nous avons abouti à un projet qui n’est pas seulement une boulangerie mais une filière. Nous nous sommes intéressés aux champs de riz en Camargue et en Italie du Nord. Nous avons rendu visite aux fermiers pour chercher à travailler en direct avec eux. 

Nous avons également décidé de fabriquer notre propre farine et donc de construire un moulin.

Cela requiert de mettre en œuvre une certaine technicité et de bien comprendre la partie organoleptique des aliments. Nous avons proposé à Stéphane Pichard de s’associer avec nous pour qu’il nous apporte son expertise de meunier. En prenant soin des matières premières qui composent un aliment, on peut ainsi s’assurer de leur qualité. Cela donne en bout de chaîne un client très satisfait.

C’est assez génial de se lever le matin et de se dire qu’on acheté du riz en Italie pour en faire de la farine. Je vois cette farine arriver toutes les semaines du Sud de la France où se trouve le moulin. Ma vie c’est de passer au fournil et d’aller voir l’équipe de boulangers, de pâtissiers et de vendeurs. Quand je vois le produit fini en vitrine et le sourire du client qui le regarde, notre travail prend tout son sens. 

On pourrait presque qualifier notre travail de vertueux, en tous les cas on y trouve une logique circulaire.

La satisfaction du client apporte du sens au quotidien et me fait vivre.

Je bâtis un système pour pérenniser une activité et pouvoir en vivre. Mon fils vient m’aider régulièrement au travail. J’aime lui donner le goût de cette activité même s’il n’y a pas d’idée de transmission derrière. J’espère qu’à 18 ans mes enfants voudront partir faire leur propre expérience ! 

Nous avons ouvert le moulin et la boulangerie en 2014. Nous avons une vingtaine de salariés répartis entre ces deux endroits.

Jusqu’à l’année 2019, on se rapprochait des deux millions d’euros de chiffre d’affaires.

Un partenariat en franchise en Belgique nous réclame d’ouvrir plusieurs boulangeries en France, ce que nous ne souhaitons pas faire. Thomas et moi sommes de pères de famille avec d’autres activités par ailleurs. Nous ne souhaitons pas nous disperser. On se considère comme des « slow entrepreneurs », à l’image de la slow food.

On peut faire toutes les formations du monde, rien ne remplace le pouvoir des cinq sens. Goûter un aliment savoureux ou regarder une belle vague dans le Cotentin donne un plaisir indescriptible. Je crois beaucoup à l’éveil des sens. Lorsque j’étais à Chicago, je passais beaucoup de moments seul. Quand on voyage, on a souvent livré à son corps et parfois à son instinct de survie. Stimuler et aiguiser ses cinq sens, c’est ça le secret !