Lise Veauvy

Lise Veauvy

Programme Grande École
Directrice des opérations, Leetchi

Un début de carrière dans les grands groupes

J'ai voulu démarrer ma carrière assez classiquement en tant que chef de secteur dans des grands groupes, et particulièrement chez des lessiviers. C'était un peu la voie royale dont on nous parlait dans le domaine du marketing.

J'ai démarré ma carrière chez Reckitt Benckiser où je suis restée pendant 8 ans. C'est un groupe lessivier qui possède de nombreuses marques comme Harpic, Air Wick, Vanish...

J'ai gravi les échelons progressivement et obtenu des responsabilités rapidement, y compris au niveau international. La sixième année, j'ai intégré un poste de Global Category Manager basé en Allemagne qui consiste à analyser les ventes et les opportunités. Au bout de 8 ans, j'avais envie de rentrer en France après avoir changé de pays plusieurs fois tout en restant sur une carrière internationale.

J'intègre l'entreprise alimentaire Mars Food et change d'univers de marque, qui me correspond un peu mieux. Peu de temps après, je rejoins l'entreprise Pepsi. À l'âge de 34 ans, je donne naissance à ma fille et décide d'arrêter de travailler pour des grands groupes.

J'ai énormément appris en changeant de poste et de responsabilités chaque année.

C'est la curiosité qui m'a amenée à évoluer dans mes fonctions et à m'épanouir sur des postes en lien avec le commercial et le marketing.

Le déclic de la maternité

Lorsque l'on décide d'avoir un enfant, surtout lorsque l'on est une femme, deux choix s'offrent à soi. Ralentir sa carrière pour pouvoir élever son enfant ou continuer à progresser professionnellement en profitant moins de son enfant, sachant que les échelons sont de plus en plus minces et spécialisés.

Je ne parvenais pas à voir d'équilibre de vie dans ces grands groupes. Par la même occasion, j'ai saisi une opportunité qui a marqué un tournant dans ma carrière.

Il s'avère que mon tout premier patron que j'avais lors de mes 24 ans avait tout plaqué pour monter des start-up dans le e-commerce. Il s'est fait racheter par une entreprise qui s'appelle Webedia et qui souhaite lancer des DNVB, mot très à la mode pour désigner Digital Native Vertical Brand. Il me propose donc de rejoindre cette aventure alors que je ne connaissais rien au digital.

Je commençais à m'ennuyer dans mon job et ne voyais plus comment progresser professionnellement. De plus, je souhaitais pouvoir assumer mon rôle de maman. J'ai finalement accepté alors que je ne connaissais rien au marketing digital ni au DNVB. Je me disais que ma curiosité allait être pleinement satisfaite !

Se lancer dans l'intrapreneuriat

Je rejoins donc le groupe webedia qui a racheté la start-up "Surprise Me" spécialisée dans la boîte cadeau par abonnement et qui possède deux marques. Je n'ai que deux contraintes à respecter en rejoignant ce groupe : l'activité doit tourner autour de l'alimentaire et que la vente se fasse par abonnement. Moi qui suis une passionnée de nourriture, c'était top !

Nous lançons donc une marque qui s'appelle Illico Fresco qui est un abonnement de produits prêts à cuisiner. Vous recevez chaque semaine les ingrédients pour préparer deux à quatre repas pour 2 à 5 personnes.

Nous lançons toute la structure autour de cette activité, à savoir les entrepôts, les ateliers, la logistique, les achats... 

Cela n'a malheureusement pas fonctionné. Quatre années plus tard, il a fallu arrêter cette marque. Notre actionnaire majoritaire a considéré que la rentabilité était trop longue à arriver. Je ne regrette pourtant pas cette expérience acquise durant 4 années et qui continue à me nourrir aujourd'hui.

Savoir faire une pause dans sa carrière

J'ai quitté l'entreprise à la fin de cette aventure. Je ne voyais pas ce que je pouvais faire de plus. J'ai pris 6 mois de réflexion pour savoir ce que je voulais faire.  Je pouvais retourner dans un grand groupe qui m'offre de la sécurité mais me donne moins d'impact. À l'inverse, je pouvais m'engager dans quelque chose d'encore plus entrepreneurial.

Je trouve qu'en France, on ne valorise pas suffisamment les temps de réflexion dans les carrières. Il faut toujours avoir une carrière tracée et penser à la prochaine expérience à moyen et long terme. On a parfois besoin d'une pause lorsque l'on s'implique beaucoup dans son travail.

J'avais besoin de prendre du temps pour digérer cet échec car je l'ai pris au départ comme un échec. J'avais aussi dû licencier 18 personnes qui certes étaient jeunes et employables, mais cela reste un coup dur. J'avais aussi besoin de prendre du temps pour moi et pour m'occuper de mon enfant. 

Lorsque j'ai lancé le projet, j'ai mis de côté ma vie personnelle. Je me souviendrai toujours de la période de recettage du site internet où l'on m'appelait à 3h du matin pour faire des tests ! C'est assez usant.

J'avais besoin de faire une pause de 6 mois après une douzaine d'années à travailler sans interruption. Je voulais m'offrir un temps de réflexion. J'avoue qu'au tout début, je culpabilisais. Je passais des entretiens d'embauche où les RH me disaient que je n'étais pas encore prête à retravailler.

À un certain moment, j'ai fini par savoir davantage ce que je souhaitais et ne souhaitais pas. Dans ces conditions, on est évidemment plus efficace dans nos recherches.

Savoir accueillir un grand et court challenge

Au bout de 6 mois, par relation commune, je rencontre le fondateur de Greenweez, le leader du e-commerce bio en France qui a été racheté par Carrefour. Son vœu est d'ouvrir un entrepôt logistique de proximité à Paris qui vise à livrer les clients le jour même de leur commande. Cette livraison express est un véritable enjeu a l'air d'Amazon qui a révolutionné les standards dans ce domaine.

C'est ainsi que nous lançons Greenweez express, qui est une filiale, uniquement parisienne au démarrage. Durant deux années, l'activité peine à décoller alors qu'une équipe a été recrutée au sein d'un entrepôt à Rungis. Le siège social étant à Annecy, le responsable a des difficultés à tout gérer.

Je rejoins l'aventure en novembre 2019 et au bout de trois mois j'ouvre un entrepôt avec une équipe de trois personnes.

Nous installons tout le matériel ainsi que la logistique frigorifique. C'est un domaine que je connais car j'ai travaillé dans la "food". Il a fallu réfléchir à l'assortiment de produits à proposer à une clientèle parisienne.

En parallèle de ce travail, j'étais en discussion avec Leetchi sur des projets qui n'avaient pas encore abouti. Pour tout un ensemble de raisons, j'ai finalement choisi d'aller travailler chez Leetchi, notamment car le domaine de la Fintech m'attirait. Chez Greenweez, il allait falloir ouvrir des entrepôts supplémentaires en France, et je ne souhaitais pas forcément être mobile.

L'aventure Leetchi

Il y avait deux postes ouverts dans cette entreprise spécialiste de la cagnotte en ligne pour collecter de l'argent dans le cadre d'événements privés ou solidaires. À cette époque, il n'avaient pas de directeur marketing ni de directeur des opérations.

J'ai d'abord postulé au poste de directrice marketing. Le process de recrutement prend un peu de temps. Et finalement on m'a proposé le poste de directeur des opérations car j'avais de l'expérience en création de marque (finance, marketing, priorisation des projets...).

Se laisser guider par sa curiosité

Si vous vous amusez dans ce que vous faites, en général, vous êtes performant et le parcours suit. En école de commerce, j'avais l'impression qu'il n'existait qu'une voie royale dans chaque domaine : finance, marketing, entrepreneuriat... alors que ce n'est pas le cas. Il existe une multitude de parcours et les métiers évoluent énormément. Il ne faut pas se fixer un plan de carrière précis mais se faire confiance car l'évolution vient d'elle même.