Jérôme Maître

Jérôme Maître

Programme Grande Ecole
Fondateur de Pied de Biche

Les associations pour monter en compétences

J’ai fait mes deux premières années sur le campus de Caen. En fin de première année, je me suis dit qu’il fallait que je construise quelque chose avec Matthieu, mon ami que j’ai rencontré à l’École et qui est mon associé chez Pied de Biche et Maradji.

Le jour de la rentrée, je suis arrivé un peu en retard. Sur le parvis de l’École, de nombreux cercles de personnes commençaient déjà à se former. Je me voyais mal rejoindre un de ces groupes et me présenter spontanément. J’avais remarqué au loin Matthieu qui parlait avec 2-3 personnes. Je suis allé les rejoindre pour discuter avec eux. C’est finalement avec ce groupe que nous avons monté en deuxième année une liste BDE.

Cette expérience du BDE a été vraiment super même si cela peut paraître un peu trivial vu de l’extérieur. Cela implique beaucoup d’événementiel, de savoir gérer un budget, une équipe et de communiquer sur nos événements. Nous étions 8 étudiants au sein de cette association.

En tant que président du BDE, j’ai beaucoup appris sur la gestion d’une petite équipe.

Mon ami Matthieu était chargé de communication. J’ai appris à travailler avec lui de cette manière. De base, nous sommes totalement différents mais très complémentaires. C’est ce qui fait notre force ! Nous avons conscience de ces différences et nous connaissons parfaitement bien.

En deuxième année, nous avons également participé au 4L Trophy, un événement qui paraît être une colonie de vacances. En réalité, il a fallu trouver des financements. Nous avons réussi à rassembler 8 000 euros, une somme colossale pour deux étudiants. Il fallait vendre à des entreprises de la région caennaise des espaces publicitaires à apposer sur notre voiture. Cela impliquait de gérer de front nos études et tous les préparatifs pour participer à cet évènement. Cela m’a valu de passer au rattrapage ce semestre-là.

L’expatriation pour s’immerger seul dans un pays

J’avais différents choix d’expatriation dans ma zone Erasmus. L’Angleterre et ses prestigieuses universités en faisaient partie mais ne me donnaient pas envie. J’avais l’impression que j’allais retrouver la moitié de ma promo dans ces destinations.

C’était la première année où l’École venait d’ouvrir une expatriation à Budapest. Je me voyais vraiment partir dans ce pays.

Nous étions 5 aventuriers à avoir fait ce choix de destination. Je suis finalement devenu ami avec les 4 autres étudiants mais avais fait le choix de ne pas les rencontrer avant le second semestre. J’avais besoin de m’immerger seul au départ.

En revenant de cette année d’Erasmus, j’ai beaucoup travaillé dans les semaines qui précédaient les examens. Ce sont des moments assez forts où l’on passe nos soirées à réviser à plusieurs dans une chambre étudiante. Je garde de très bons souvenirs de ces périodes.

L’alternance pour explorer l’entreprise de l’intérieur

J’ai décidé de faire mes deux années de Master en alternance. J’ai motivé tous mes amis à choisir cette voie. Nous nous sommes retrouvés dans la même classe. Le fait de pouvoir intégrer une entreprise permet de se professionnaliser et cela finance en même temps ses études, ce qui n’est pas négligeable.

Ces deux années d'alternance m’ont permis d’analyser tout ce qui se passe dans le monde de l’entreprise.

Je trouvais génial de voir toutes ces personnes qui créaient leur entreprise. Avec Matthieu, on avait une idée par jour ! Pendant toutes mes pauses en période d’alternance, je lui téléphonais pour qu’on discute de nos idées. Nous avions décidé de mettre 50 euros de côté chaque mois pour pouvoir lancer notre projet, sans savoir encore ce qu’il serait.

Se lancer et entreprendre

À cette époque, je n’imaginais pas du tout avoir ma propre marque de chaussures trois années plus tard. Je m’attendais assez à être le témoin de mariage de Matthieu et vice-versa ! Par contre, créer notre entreprise et être à la tête d’une trentaine de personnes au bout de 5 ans, j’aurais probablement eu plus de difficultés à le croire.

Après nos études, nous sommes partis visiter plusieurs pays en Asie du Sud-Est et sommes revenus sans un sou. Ce fut une expérience incroyable ! Nous étions sans emploi car nous avions eu la bonne idée de refuser la proposition de job de notre entreprise. Il nous fallait trouver des solutions. Avec Matthieu, nous avons exploré des milliers d’idées.

On s’est dit qu’on n’avait rien à perdre en sortant des études, que c’était le moment de nous lancer.

Si nous attendions quelques années, nous aurions davantage d’obligations comme un emprunt bancaire et/ou une conjointe. Les gens nous disaient d’acquérir de l’expérience dans un grand groupe avant de nous lancer dans l’entrepreneuriat. Matthieu et moi nous disions qu’une fois dans un poste confortable, nous serions beaucoup plus frileux à l’idée de tout plaquer pour une idée qui n’allait pas nécessairement fonctionner. 

Le choix du secteur de la chaussure

Nous avons choisi le domaine de la chaussure car cela nous paraissait être un bien de « grande consommation ». Tout le monde porte des chaussures. De plus, c’était un produit plus concret que de lancer une app qui demande de se constituer une large communauté. Cela requiert de gros budgets et un certain temps pour rassembler autant de personnes. Nous n’avions pas ce temps puisque nous nous étions fixé un délai d’un an pour lancer notre activité.

Je me souviens des fêtes de Noël où j’ai annoncé à toute ma famille que nous allions lancer une marque de chaussures.

Ils me regardaient tous avec des yeux écarquillés. Ils ne semblaient pas vraiment comprendre ce choix mais me soutenaient dans ce projet.

Nous avons étudié le marché avec Matthieu et avons constaté qu’il n’y avait pas de chaussures de qualité à la finition excellente qui ne soient pas hors de prix. A l’époque, nous avions peu de moyens. Il nous semblait inenvisageable de dépenser 200 euros pour une paire de chaussures de moyenne qualité.

Trouver un fournisseur pour se lancer

Notre plus grande difficulté a été de trouver un fournisseur. Nous avions compris qu’il fallait nous affranchir du système de distribution classique et supprimer les intermédiaires. Cela permet de diminuer les coûts et d’augmenter la qualité.

Nous avons repéré un vrai savoir-faire au Portugal avec des tarifs bien plus intéressants qu’en France.

En décembre 2014, nous avons rencontré Fernando sur un salon de la chaussure à Milan qui est le plus gros salon européen. Il a pu réaliser un prototype à partir de nos fiches techniques.

En septembre 2015, nous lançons notre première campagne de financement participatif. Nous avions reçu nos premiers prototypes au printemps. Durant toute cette phase d’amorçage du projet, nous nous étions fixé des dates butoir, ce qui permet de nous motiver à court terme.

Une marque bien implantée

Cela fait 5 ans que la marque existe. Nous venons d’ouvrir notre troisième boutique à Bordeaux et avons deux boutiques à Paris, ce qui fait un total de cinq boutiques. Nous sommes une trentaine de personnes au total, ce qui peut paraître beaucoup. En réalité, nous avons intégré une deuxième marque qui s’appelle Maradji qui fait de la maroquinerie et des accessoires pour femmes.

Quand on travaille avec une telle équipe, on doit s’appuyer sur les compétences de chaque personne qui nous entoure.

Si j’avais écouté tous les conseils qu’on m’a donnés, je ne me serais jamais lancé ! Je recevais certains commentaires très décourageants. Certaines personnes appartenant à une autre sphère ne sont pas en mesure de comprendre mon projet. 

On ne peut pas lancer quelque chose de parfait dès le départ. La première chaussure qu’on a commercialisée était loin d’être parfaite mais heureusement qu’on l’a vendue. Faire des erreurs permet de s’améliorer et de progresser. Je remercie tous les clients qui ont cru en nous et qui sont revenus chez nous car nous n’existerions pas sans eux.