Christelle Dorange Findeling

Christelle Dorange Findeling

Programme Grande École
Pilote de Ligne

Vivre le déclic de sa passion

J'ai découvert l'aviation tout à fait par hasard grâce à l'EM Normandie. J'étais en première année en 1989 et je recherchais un stage ouvrier pour l'été. Parmi les offres proposées à la Junior Entreprise il y avait un stage de trois mois pour devenir hôtesse de l'air étudiante chez Air France. Trois étudiants de ma promo ont été sélectionnés, deux garçons et moi-même.

Pour mon premier vol, j'ai fait un aller-retour Paris-Madrid en Boeing 727. À ce moment-là, ils étaient encore trois dans le cockpit avec un commandant de bord, un pilote de ligne et un mécanicien. J'ai fait le décollage et l'atterrissage dans le cockpit.

Quand je suis entrée dans le cockpit pour la première fois, j'ai eu comme une révélation.

Pour moi c'était un univers fabuleux de voler, c'était vraiment un rêve ! Quand j'ai rencontré les pilotes, il y en avait qui n'avaient rien à voir avec l'aviation à l'origine. Les aléas de la vie ont fait qu'ils se sont retrouvés dans ce domaine par des filières parallèles et se sont fait embaucher.

Des pilotes aux parcours multiples

Certains pilotes ont fait l'ENAC, mais cela reste une minorité car cette école ne fournit jamais assez de pilotes de ligne. Des anciens pilotes militaires se reconvertissent en pilote de ligne. Lors de mon premier stage, quand je suis rentrée co-pilote, il y avait un ancien Stewart, un ancien kiné et un jeune qui sortait de l'école. Nous étions d'horizons divers et variés.

Quand j'ai annoncé à mes parents que je voulais faire une école de pilotage, ils ont voulu que je termine d'abord mon école de commerce. Il me restait deux années à faire au cours desquelles j'ai pu continuer à retrouver l'univers de l'aviation tous les 2 à 3 mois.

J'étais devenue l'hôtesse de l'air de l'École car je partais pendant les vacances scolaires pour exercer cette activité.

J'ai effectué des stages ouvriers chaque année. La dernière année, j'ai effectué un stage de 6 mois chez Air France cargo. J'ai rendu un rapport dans le domaine du marketing. J'ai donc terminé mon école de commerce ! Je n'ai pas fait de recherche d'emploi. J'ai directement démarré ma formation de pilote en autodidacte avec les livres que j'avais chez moi. 

Persévérer pour atteindre son rêve

Je venais de faire 4 ans de saison chez Air France, ce qui était le maximum. Je volais pratiquement six mois par an avec toutes les vacances cumulées. Au bout de la quatrième année, j'ai tout de même cherché à postuler pour l'année suivante et puis finalement je suis tombée enceinte. 

J'étais l'une des rares femmes parmi les 150 candidats qui passaient l'examen d'entrée.

J'ai réussi les premiers tests écrits avec du français, des maths, de la physique et de l'anglais. J'ai également passé les tests psychotechniques avec succès.

Enfin, il fallait passer les tests psychomoteurs devant un écran, en mode jeux vidéo avec un casque, des manettes, des pédales et un micro dans lequel il faut répondre. C'est un exercice assez difficile pour les filles peu habituées à pratiquer des jeux. J'ai malheureusement été ajournée au test psychomoteur.

Il a également fallu passer des tests de météo, de mécanique du vol, sur le fonctionnement des moteurs d'avion... ce sont des domaines qui m'intéressent moins mais qui font partie des étapes à franchir. Il m'a fallu en tout sept ans pour décrocher mes licences, quatre ans pour la théorie et trois pour effectuer les 250 heures de vol. 

Atteindre son but quelques années plus tard

Quand on commence à piloter en aéroclub, nous sommes deux dans un tout petit avion, l'instructeur et l'élève. Cela permet de mettre en place beaucoup d'automatismes.

Le premier moment fort, c'est quand l'instructeur descends de l'avion pour nous laisser piloter seuls. Cela donne une sensation exceptionnelle, déjà parce que l'avion est plus léger et parce que les automatismes se mettent en place.

Quand j'ai repassé la sélection dix ans après avoir postulé la première fois, je m'étais préparée au test psychomoteur dans une école spécialisée à Paris. J'ai finalement décroché un 9 sur 9 à l'épreuve ! Comme quoi c'est un examen qui se prépare. 

Ce qui paraissait être une utopie plusieurs années auparavant commençait à devenir une réalité. Au départ, j'espérais vraiment que cela marche et à la fin je me disais qu'il fallait absolument que j'y arrive ! Aujourd'hui, je me réveille tous les matins en me disant "pourvu que ça dure".

Être une femme pilote

Quand je suis arrivée dans ce domaine, l'ambiance dans les cockpits était encore assez machiste voire misogyne. Parfois, on poussait les filles dans leurs retranchements avec les simulateurs de vol. J'ai eu également affaire à des commandants de bord à l'attitude paternaliste.

Il est loin le temps où nous avions besoin d'un homme costaud pour manipuler les commandes. Aujourd'hui, elles fonctionnent de façon automatisée et ne requièrent plus aucune force physique. De plus, les tâches de chacun sont bien définies, ce qui fait qu'être un homme ou une femme n'a aucune importance.

Au niveau de ma vie personnelle, mon mari était commandant de bord. On était habitués au rythme de navigant.

J'ai eu mes enfants durant ma formation et lorsque je suis partie pour ma première qualification, les enfants avaient déjà 4 et 6 ans. J'avais une jeune fille au pair à la maison pour les garder. 

Pour les vols longs courrier, je faisais trois vols par mois. Je devais être absente trois nuits. Quand les enfants sont petits, ils demandent combien de temps on va partir. Et puis lorsqu'ils sont plus grands, ils sont pressés de nous voir aller au travail ! Le reste du temps, j'étais disponible pour les enfants à la maison.

La vie est pleine de hasard et d'aléas. On ne sait pas ce qui nous attend demain. Si quelque chose vous "appelle", comme c'est mon cas avec l'aviation, je vous conseille de ne jamais rien lâcher.