Frédérique Cintrat

Frédérique Cintrat

Programme Grande École
Présidente et fondatrice d'Axielles

Bonjour, je m'appelle Frédérique Cintrat, je suis diplômée de la promo 1987 et je vais vous raconter comment j'ai été identifiée comme l'une des 40 femmes les plus inspirantes de France selon Forbes. Après avoir effectué une grande partie de ma carrière dans des postes à responsabilité chez Cetelem et CNP Assurances, je décide de lancer Axielles : un accélérateur de connexions professionnelles.
Présidente et fondatrice d'Axielles - Promo 1987

Découvrir sa raison d’être professionnelle

À l’époque, quand je suis sortie de l’École, je souhaitais travailler dans la vente et réussir dans ce domaine. La finance ne m’intéressait pas et le marketing était saturé selon moi. Les entreprises qui recrutaient dans cette branche en 1987 étaient IBM, Xerox, les lessiviers … Après avoir vu plusieurs camarades passer des entretiens dans ce type de structures, j’ai postulé et ai été embauchée chez un lessivier.

Au bout de quatre mois, je me suis rendu compte que leur façon de travailler ne me correspondait pas. Je ne me sentais pas bien ni n’avais de bons résultats. C’est à ce moment que je me suis questionnée sur ce que je voulais vraiment, en faisant abstraction de l’image que je voulais donner. 

Par hasard, j’ai rencontré une entreprise qui se disait atypique, avec des recrutements atypiques et qui voulait mener une expérience. Cette entreprise « Cetelem » avait effectivement une activité dans la banque-assurance. Les personnes que j’ai rencontrées m’ont inspirée et j’ai eu envie de m’engager dans cette voie. La culture d’entreprise semblait me correspondre. Je décide souvent à l’intuition, comme j’ai pu le faire pour intégrer l’EM Normandie.

Être une femme dans le secteur de la finance

Jamais je n’aurais imaginé travailler dans le domaine de la finance ou de la banque. On me propose alors un challenge : rejoindre l’entreprise pour rapidement devenir directeur d’agence. J’étais encore jeune, j’ai décidé de me lancer.

C’est parti pour 27 ans de salariat, avec à chaque fois des postes et des entreprises différents. J’ai toujours oscillé entre le commercial et le marketing. J’avais soit un rôle d’experte, soit de manager d'équipes. Quand je travaillais chez Cetelem, je faisais de la vente de crédit et d’épargne.

Ensuite, on m’a proposé de venir m’occuper de la société sœur Cardif. En 1991, il n’y avait pas de femmes dans ce secteur. J’étais la première femme à gérer les partenariats chez Cardif. À cette époque, on trouvait étonnant d’avoir une jeune femme à ce poste, qu'elle pouvait être mal à l'aise lors de déjeuners d’affaires avec des hommes. Aujourd’hui, cela semblerait tout à fait naturel.

J’ai eu des opportunités de postes avec plus de responsabilités et une rémunération plus élevée. À ce moment-là, j’ai choisi de garder mon poste pour pouvoir concilier vie professionnelle et vie de famille, et avoir une certaine qualité de vie.

Depuis le début de ma carrière, j’ai toujours aimé mettre les gens en relation et partager mon expérience professionnelle. C’est quelque chose de naturel chez moi.

S’engager dans les réseaux

Je me suis inscrite dès ma sortie d’École au réseau Alumni EM Normandie. Puis en 2012, j’ai participé à la création du réseau Equilibre, chargé de promouvoir la mixité. J’ai aussi créé un réseau informel des ex-salariés de l’entreprise Cardif que j’avais quittée en 1998. Nous organisions régulièrement des rencontres.

Un principe important pour qu’un réseau fonctionne, c’est d’avoir des choses en commun. J’avais vu à ce moment-là dans un journal qu’il se créait une fédération Financielles, qui promeut l’accès des femmes à des hautes fonctions dans la finance. Elle était dirigée par une personne que j’ai croisée dans ma vie professionnelle. C’est comme ça que plus tard, je me suis retrouvé au Comex de cette association assez puissante. Je faisais partie du réseau qui œuvre pour la mixité de la Caisse des Dépôts.

J’ai été élue femme de l’année dans le domaine des assurances par les internautes, et également femme commerciale de l’année dans l’assurance par un jury professionnel. Il se trouve que j’étais plus visible, donc davantage sollicitée par des grandes entreprises qui me proposaient des postes de directrice commerciale ou marketing.

À ce moment-là, la conjoncture faisait que de nouvelles perspectives s’offraient à moi, que des journalistes s’intéressaient à mon parcours. J’avais un bon poste et des responsabilités et pourtant à l’âge de 48 ans, j’ai décidé de tout plaquer et de tenter l’aventure entrepreneuriale. C’était le moment ou jamais de se lancer car cette opportunité ne se représenterait peut-être pas.

L’aventure entrepreneuriale

On parlait déjà beaucoup de « startups ». J’ai donc décidé de créer ma « startup digitale » dans le domaine du numérique que je ne maîtrisais pas du tout à l’époque. Il s’agissait d’une plateforme numérique qui permettait de développer son réseau.

Je me suis lancée dans ce projet parce que j’avais un très gros réseau. Je n’aurais pas pris tous ces risques si je n’avais pas eu ce filet de sécurité. Quand j’étais dans ces réseaux qui œuvre pour la mixité, je trouvais qu’on parlait beaucoup du plafond de verre mais assez peu de l’ambition. 

J’ai cherché le mot « ambition » sur internet et je suis tombée sur l’enregistrement d’une émission de TV que j’avais faite quand j’avais 17 ans et j’y représentais la jeune génération aux côtés d’Élisabeth Badinter et de Françoise Giroud. J’avais eu mon Bac assez tôt et étais en classe préparatoire. Un garçon m’avait dit à cette époque : « Les filles, vous nous prenez des places aux concours ». Cela m’avait énervée car on me renvoyait au fait qu'étant une fille, je ne pouvais pas prétendre aux mêmes choses que les garçons. J’ai donc répondu à un appel à témoin pour participer à cette émission sur la thématique « Comment l’ambition vient aux filles » et ma lettre a été retenue.

Quand 30 ans après, je suis tombée par hasard sur les archives de l’INA et que j’ai refait connaissance avec cette jeune fille que j’étais, j’ai décidé d’écrire un livre sur « Comment l’ambition vient aux filles ». 

L’expérience d’être publiée

Comme je suis commerciale, je n’allais pas m’embêter à écrire ce livre si je n’étais pas publiée ! Alors, j’ai commencé à en parler autour de moi. Dans les réseaux dont je faisais partie, on me présentait à des maisons d’éditions. Et puis, à un événement, était présente la directrice d’Eyrolles. Je n’avais pas réussi à lui parler pendant la soirée. Et finalement, par hasard, en allant pour prendre le Métro et rentrer chez moi, elle m’a proposé de me déposer en voiture. Comme je n’habitais pas loin, je me suis dit que j’avais 2 minutes pour lui parler de mon idée, ce que j’ai fait !

Elle a trouvé intéressant que j’aie participé à cette émission. Elle ne connaissait pas mes qualités d'écriture mais je pense que l’énergie que je mettais à expliquer mon projet l’intéressait. Elle m’a proposé de lui fixer un rendez-vous sans me dire si j'allais être publiée ou non. Cela m’a donné l’envie de me mettre à écrire et de trouver l’axe pour aborder ce récit. J’ai décidé de raconter l’histoire de plusieurs femmes que je côtoie et que je trouve pleines d’énergie, car parler de ma propre histoire avait peu d’intérêt en tant que tel.

Je n’avais pas un talent littéraire. De formation scientifique, je n’avais jamais écrit de livre ni même rêvé d’écrire. Par l’effet du livre que je n’imaginais absolument pas, on m’a sollicitée pour des conférences sur l’ambition pour le réseau. Tout convergeait sur cette nouvelle orientation de développer du réseau, de proposer des outils pour le faire. Je fonctionne à l’énergie. Je me suis donc posé les questions : qu’est-ce qui nous donne de l’énergie ? Quel univers professionnel nous donne de l’énergie ? Quelles missions nous donnent de l’énergie ? Qu’est-ce qui nous donne de l’estime de soi ?

Il faut également avoir la capacité d’accepter le regard des autres sur ses choix et savoir changer d’orientation dans sa vie à certains moments, en fonction de ses priorités. Changer ne signifie pas échouer, c’est choisir selon ses aspirations, son âge…  On peut avoir plein de vies en une vie, et parfois de manière simultanée. C’est ce qui fait la richesse d’une carrière et d’un parcours de vie.